J'ai souvent pensé ce film comme une succession de portraits. Je travaille beaucoup en m'inspirant du travail de certains photographes et j'ai passé un temps considérable devant des photos.

Je suis assez effrayée par la rapidité. Mon moyen de l'accepter est de chercher son contraire, quelque chose d'un peu ralenti...
de contemplatif.

Des dialogues courts, des silences, que les choses soient ouvertes, donc des suspensions… Qu'on ait le temps de regarder des êtres qui ont besoin, pour certains, de temps pour se trouver.
Des personnages plus contemplatifs qu'actifs.

A l'image de cette petite ville. C'est un film où le temps s'écoule : on rencontre les personnages par bribes, au fil des saisons, sur une année. On voit les endroits où ils basculent, on les retrouve quand ça a basculé.
Cloisonnés dans leur existence, à force de rencontres, d'échanges, le cours de la vie des uns et des autres se modifie… à la manière des galets, ils se transforment en se frottant les uns aux autres.

Ce sont des tableaux courts, en mouvement, avec des êtres incarnés dont les chemins se creusent à mesure du film, des mouvements légers mais précis.
Le cycle, l'obsession, le cercle, le galet, les personnages qui tournent en rond.
Une année… Les mouvements de la vie…

Le fragile équilibre de ce film. À toutes les étapes, il a fallu une grande attention pour que le film ne tombe jamais dans le vide.
Au montage, si on changeait une séquence de place, tout le film pouvait basculer… Avec Anne Weil (la monteuse), on a beaucoup ré-écrit au montage pour trouver le rythme juste.
"Si ce petit caillou est inutile, alors tout est inutile." La Strada

J'avais commencé d'écrire et déjà je voulais qu'une usine soit le nerf de l'histoire, le lien. Un jour, j'ai découvert l'existence de l'usine de galets et j'ai trouvé que je ne pouvais pas penser mieux. Ça a quelque chose d'un peu absurde, ces cailloux sur lesquels les vacanciers se tordent les pieds et qui sont triés un peu plus loin. On amène les cailloux, on les trie et cela indéfiniment… Ça rejoignait parfaitement l'idée de cycle, d'éternel recommencement…

Et puis cette usine a quelque chose d'archaïque, que ce soit ce qu'on y fait ou le lieu lui-même. J'aime bien que l'image permette
de montrer ce qu'on ne va pas forcément regarder, ce qui se cache… Ce qui tend à disparaître, ce qui raconte aussi le lointain.

Julie Lopes-Curval

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