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La vision de Philippe Faucon
AprËs " Mes dix-sept ans ", j'avais proposÈ ý Arte le sujet de " Les Etrangers ", et c'est en travaillant sur ce projet que j'ai retrouvÈ le livre de Soraya Nini, que son Èditeur m'avait donnÈ et que je
n'avais pas lu tout de suite. J'ai appelÈ Soraya pour lui dire que je pensais qu'il y avait dans son livre matiËre ý un film... On s'est rencontrÈs, et j'ai pris une option chez son Èditeur pour rÈserver les droits d'adaptation. Plus tard,
Humbert Balsan a pris le relais chez l'Èditeur, et a financÈ l'Ècriture du scÈnario. Avec Soraya, nous avons travaillÈ trois mois au scÈnario. On se voyait une fois par semaine, on parlait beaucoup, et aprËs on se partageait la t’che : Soraya retournait
ý Toulon, chacun Ècrivait de son cÙtÈ et on se revoyait la semaine d'aprËs pour faire des choix. On a avancÈ comme Áa jusqu'ý la troisiËme version du scÈnario ý partir de laquelle le film s'est tournÈ.
Dans son livre, Soraya raconte sa propre histoire, celle d'une adolescente d'origine algÈrienne dans les annÈes soixante-dix. On a donc eu le souci constant de ne pas raconter quelque chose de dÈsuet ou d'inactuel mais une histoire d'une jeune fille d'aujourd'hui.
Etant toujours en relation avec des jeunes filles de l'’ge de Samia, Soraya a eu confirmation auprËs d'elles de l'actualitÈ du livre, et, de mon cÙtÈ, quand j'Èvoquais l'histoire en quelques mots en commenÁant le casting, les jeunes filles rÈagissaient immÈdiatement :
la surveillance des frËres et des pËres sur leurs vies et leurs sorties, elles connaissaient...
Soraya raconte dans son roman qu'adolescente, elle vivait dans la dÈfiance ses relations avec les garÁons de son ’ge d'origine maghrÈbine, et elle a connu ses premiËres histoires amoureuses avec des garÁons d'une autre origine ; mais j'avais le sentiment que cette
dÈfiance qu'elle Èprouvait ý l'Èpoque n'existait plus chez les adolescentes d'aujourd'hui. Bien sšr, elles doivent encore se battre pour disposer de leur libertÈ mais elles n'ont plus les mÍmes sentiments vis-ý-vis d'eux : il y a maintenant des possibilitÈs de dialogue qui passent par
l'appropriation de leur culture commune, par la musique et le raÔ notamment... alors que Soraya Ècoutait essentiellement de la musique rock.
Le roman de Soraya est un livre touffu, en faire un film exigeait des choix, et nous sentions d'instinct ce qui n'Ètait pas nÈcessaire au scÈnario ; j'ai Ècrit de mon cÙtÈ la scËne de l'altercation du frËre aÓnÈ et des CRS dans le mÈtro, pour ne pas montrer uniquement
l'oppression exercÈe par les hommes de sa propre communautÈ, et cela Ètait trËs important pour Soraya ; cette scËne lui paraissait Ègalement donner ý la figure du frËre oppresseur un aspect moins monolithique et manichÈen, puisque lui-mÍme subit dans sa vie quotidienne une forme de violence sociale.
Dans le mÍme esprit, Soraya tenait beaucoup ý l'existence du personnage de Malik, le frËre cadet, qui n'exerce sur ses soeurs aucune forme d'oppression et manifeste envers elles une certaine solidaritÈ.
Le travail avec les non-professionnels, dont certains avaient dÈjý jouÈ dans " Les Etrangers ", a ÈtÈ formidable : je leur proposais les dialogues Ècrits par Soraya, mais si je les sentais embarrassÈs, je prÈfÈrais crÈer une situation d'improvisation qui ne trahissait pas le sens des dialogues.
Je pense (comme le disait Renoir) qu'il faut toujours privilÈgier l'interprËte plutÙt que le personnage, le concret plutÙt que l'abstrait et la vie plutÙt que l'idÈe de la vie ; ainsi il est arrivÈ qu'on tourne jusqu'ý vider le magasin de la camÈra ; dans ces moments-lý, j'ai eu le sentiment que ce
qui avait ÈtÈ ÈbauchÈ ý l'Ècriture trouvait un prolongement chez les acteurs, qu'eux-mÍmes prenaient le relais.
Lynda Benahouda est la deuxiËme jeune fille que j'ai rencontrÈe lors du casting, et j'ai eu le sentiment immÈdiat qu'elle Ètait Samia.
Ce qui m'intÈressait dans ce petit personnage, et je dis " petit " par affection, c'est que c'est quelqu'un qui, bien que faible et dÈmuni, parvient ý tenir tÍte, ý rester farouche, et dÈterminÈe ý ne rien l’cher de ce qu'elle ne veut pas accepter ; c'est pour ce personnage de Samia que
j'ai eu envie de faire ce film.
Extrait d'un entretien avec Eric QuÈmÈrÈ
Sa biographie
| Sa filmographie
Philippe Faucon est nÈ au Maroc en 1958 et a fait ses Ètudes ý l'universitÈ d'Aix-en-Provence, rÈgion qu'il ne quittera pas puisqu'il y vit encore et qui a servi de toile de fond ý plusieurs de ses films, ce qui leur donne, quel que soit le sujet qu'il traite, un caractËre solaire.
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