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| Le rÈalisateur

par le responsable du casting Bouchta SaÔdoun
AprËs avoir travaillÈ avec Philippe Faucon sur " Les Etrangers ", il m'a rappelÈ pour me proposer le casting de SAMIA ; j'avais lu le livre et j'ai ÈtÈ tout de suite partant.
Le casting a ÈtÈ long, trois mois complets ý Marseille. Philippe m'a Èvidemment donnÈ des indications, mais comme je suis moi-mÍme maghrÈbin, nÈ dans une famille nombreuse, je n'avais pas besoin de beaucoup de dÈtails sur les personnages...
Philippe prÈfÈrant tourner avec des non-professionnels, j'ai passÈ des annonces ý la radio, et j'ai surtout utilisÈ le tÈlÈphone arabe, qui, entre nous marche bien mieux qu'ItinÈris ! Mais ce n'est pas Èvident de faire venir des MaghrÈbins ý un casting : ils ont toujours peur qu'on se moque d'eux, ou qu'on leur donne encore le rÙle du menteur et du voleur ! Pour trouver l'amie blonde de Samia, j'ai passÈ une annonce dans un journal d'Aix-en-Provence, parce qu'ý Aix les filles font plus " franÁaises ", elles ont un accent plus pointu.
A Marseille, elles font toutes un peu rappeuses, surtout les blondes aux yeux bleus, qui ont mÍme intÈrÍt ý avoir l'air un peu mÈchantes !
J'ai louÈ un lieu dans un cafÈ de Marseille pour rencontrer les gens, et les filmer avec une petite camÈra. Pour le texte, soit je donnais la rÈplique, soit je faisais jouer deux personnes qui venaient en mÍme temps, en leur demandant d'improviser : " toi tu fais la soeur, toi le grand-frËre, ta soeur rentre tard,
qu'est-ce qui se passe ? " Le plus important avec les non-professionnels, c'est de les mettre ý l'aise ; ils arrivent stressÈs, ils ne savent pas exactement ce qu'est le film, certains sont intimidÈs. Mais une fois en confiance, les gens de la rue deviennent de vrais comÈdiens ; c'est normal, dans la vie, ils jouent tous les jours.
En visionnant mes cassettes, Philippe sÈlectionnait certaines personnes qu'on convoquait alors pour une deuxiËme improvisation. Si la personne avait passÈ le premier casting plutÙt dans la violence, Philippe lui demandait quelque chose de plus doux, pour voir d'autres facettes de sa personnalitÈ. Nous posions des questions sur leur vie, leur travail ou sur l'Ècole, pour s'assurer qu'il leur serait possible de se libÈrer pour le tournage, et pour mesurer leurs vraies motivations. Puis il a fallu choisir...
Ce mÈtier, je le fais par passion ; j'ai d'abord ÈtÈ assistant et depuis six ans j'ai travaillÈ aussi bien pour des documentaires que pour des fictions. Dans la famille, c'est toujours moi qui organisais les fÍtes et les grandes rÈunions, et cela n'a pas ÈtÈ trop dur d'organiser un casting, mÍme pour les scËnes de mariage avec cinquante personnes !
Quand on me demande ce que je fais, je rÈponds que j'apporte les bons lÈgumes, la bonne graine, les bonnes Èpices, et aprËs c'est le rÈalisateur qui fait le couscous ; mais je suis lý pour veiller ý ce qu'il ne mette pas de poireaux ni de lardons !
Extrait d'un entretien avec Eric QuÈmÈrÈ
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