Synopsis
Les Aso habitent avec leurs jumeaux, Kei et Shu,
le vieux quartier de la ville historique de Nara, ancienne capitale
du Japon.
La famille Aso perpétue depuis des générations
la tradition de la fabrication artisanale de l’encre de Chine.
Le jour de la fête du Dieu Jizo, dans la chaleur torride de
l’été, alors que les deux enfants se poursuivent,
Kei disparaît soudainement au coin d’une ruelle…
Comme enlevé par les dieux…
Ce jour-là, la vie s’est arrêtée pour la
famille Aso.
Cinq années ont passé. Shun a maintenant dix-sept ans.
Au lycée il s’est inscrit à l’atelier de
peinture. Il travaille sur le portrait de son frère disparu
qu’il n’a jamais pu oublier. Shun et son amie d’enfance
Yu sont attirés l’un par l’autre, mais une douleur
secrète les empêche de vivre cet amour.
Un jour, Yu découvre le secret de sa naissance, de son côté
Shun apprend ce qu’il est advenu de son frère jumeau.
Ces révélations les délivrent. Shun et Yu sont
alors prêts à prendre leur destin en main.
Le
Dieu Jizo est le protecteur des enfants, des femmes en attente d’enfant
et des voyageurs. Il symbolise la bienveillance, la détermination
et l’optimisme.
Jizo-san
est généralement représenté comme un enfant-moine,
portant une canne de pèlerin, avec six anneaux pour avertir
les animaux de son approche. Il porte également le Joyau de
la Vérité dont la lumière élimine toutes
les peurs.
Naomi
Kawase
Diplomée de l’école de photographie
d’Osaka, Naomi Kawase (née en 1969) y enseigne durant
quatre ans. Après divers courts métrages expérimentaux,
elle entame une carrière de documentariste qui lui vaut une
reconnaissance immédiate.
Après Suzaku et Hotaru, Shara est le troisième film
de Naomi Kawase dont l’histoire se
déroule dans la région de Nara, sa ville natale.
Dans les deux films précédents, Naomi
Kawase avait traité Nara comme le lieu du retour ou
le lieu de l’étreinte. Dans ce troisième film,
elle nous présente Nara comme un lieu de vie, et la ville n’est
pas traitée de façon nostaligique. Elle nous est présentée
comme un lieu où l’on ressent une joie de vivre, un bonheur
de vivre avec les autres, une ville qui donne aux êtres la force
de vivre.
Pour Naomi Kawase la famille représente
l’élément le plus tangible de la réalité,
et la richesse de sentiments qu’elle inspire est ce dont nous
avons le plus besoin, envahis que nous sommes par la civilisation
matérielle.
Filmographie
(hors courts métrages)
2003
Shara (Shara soju)
2002 La danse des souvenirs (Tsuioku no dansu) documentaire
2001 Dans le silence du monde (Kya kara ba a) documentaire
2000 Hotaru
1999 KalEidoscope (Mange kyo) documentaire
1997 L’histoire de Somaudo (Somaudo monogatari)
documentaire
1996 Suzaku (Moe no suzaku) Caméra d’Or
à Cannes en 1997
A
propos de SHARA par Naomi Kawase
Tournage
A Nara
Mon équipe et moi avons passé l’été
2002 à Nara pour réaliser : Shara. J’y suis née
et j’y ai grandi. Nara a plus de 1000 ans d’histoire,
puisqu’elle était la capitale du Japon au 8ème
siècle. Même si la ville s’est matériellement
transformée avec le temps, son cœur n’a jamais cessé
de battre. Sa richesse, faite de tant de vies qui s’y sont succédées
au cœur de l’histoire, est intacte.
On dit que le monde du cinéma est factice : je ne le pense
pas. Tout ce que j’ai vu à Nara est resté imprimé
en moi.
Avec
les acteurs
Je ne me résoud jamais à considérer
les acteurs comme de simples personnages de fiction. Pour moi, mes
acteurs et leur personnage ne font qu’un, ils sont réels.
Je leur ai demandé de s’installer à Nara bien
avant de commencer le tournage, ils ont appris à connaître
la ville, à la vivre quotidiennement pour mieux s’imprégner
de leur rôle, afin d’exprimer le plus naturellement possible
les sentiments que je leur demandais d’exprimer. Et pour être
au plus près de la réalité de l’histoire,
j’ai tourné les scènes dans l’ordre chronologique.
La
Photographie
Yamazaki, mon chef opérateur,
a fait beaucoup de films documentaires pour la télévision,
surtout des reportages sur la vie des enfants dans les pays en guerre.
Dans ses films, Yamazaki ne se contente
jamais de décrire de manière platement objective les
conditions tragiques dans lesquelles vivent ces enfants. Son regard
va au plus profond des choses.
Il est humain, chaleureux, sincère.
L’accouchement
Au cours des préparatifs du tournage, nous
avons assisté à la naissance d’un enfant dans
le quartier.
La scène de l’accouchement est très importante
dans Shara. Quand j’ai demandé, pour les besoins de mon
film, des explications sur la manière dont cela se déroulait,
Kazumi Shibata, qui joue le rôle de la sage-femme, m’a
répondu que ces choses là ne pouvaient s’expliquer,
qu’il fallait y assister soi-même. C’est donc ce
que j’ai fait. Je ne saurais exprimer avec des mots l’émotion
dont je fus envahie en assistant à cette naissance, en voyant
le bonheur qui rayonnait sur tous les visages de la famille réunie
autour de la mère.
La
Musique
J’ai montré une version provisoire du
montage du film au musicien UA pour qu’il imagine une partition.
On y a travaillé ensemble. Il a proposé que les voix
des acteurs soient mêlées avec des sons et des bruits
extérieurs, cela nous a servi de fil conducteur. J’ai
donc fait venir UA à Nara. Le jour de sa venue, la brume recouvrait
la plaine. La visibilité ne dépassait pas quelques mètres.
Etrangement, quand UA s’est mis à fredonner les quelques
notes qu’il avait en tête, le brouillard a commencé
à se dissiper et la ville à réapparaître.
C’est la première fois que je voyais Nara sous cet angle
: celui de la ville s’élevant au-dessus de la brume.
Au même moment, un cri aigu répondait dans le lointain
au fredonnement de UA : c’était celui d’un cerf.
Il était doux, mélancolique et pur à la fois
comme si ce cerf chantait amoureusement la naissance de mon film.
Les
mots-clés pour comprendre SHARA
La
fête de Basara (Basara matsuri)
La fête de Basara, qui est devenue en cinq
ans une des grandes fêtes estivales de la région Nara-Kyoto,
est un élément essentiel à la compréhension
de Shara. Son origine remonte aux époques lointaines de Kamakura
(1185-1333) et de Muromachi (1338-1573).
Ce fut d’abord une forme de danse improvisée qui ne suivait
pas le rythme de la musique. C’est à partir du XIVe siècle
que “Basara” devint un mot connu, à la faveur des
troubles politiques provoqués par le schisme impérial
entre les dynasties du Sud et du Nord. Les danseurs portaient des
costumes aux couleurs criardes et leur chorégraphie était
volontairement outrancière afin d’étonner les
spectateurs, comme pour mieux signifier les mœurs de cette période
violente du Japon. Les mouvements de la danse Basara influeront même
plus tard celle du Kabuki et du Nô. Aujourd’hui, la fête
de Basara bat son plein chaque année autour de la gare de Nara.
Elle est organisée par les commerçants des galeries
marchandes et les habitants du quartier qui cherchent à redonner
à la ville l’énergie et la force qui l’animaient
jadis. Tous les habitants de la ville peuvent y participer. La procession
des danseurs est constituée d’un certain nombre de groupes.
Chaque groupe est libre de s’habiller, de se maquiller et de
danser comme il le veut. La prochaine fête de Basara aura lieu
les 30 et 31 août 2003.
Les singes porte-bonheur (Migawari saru)
Dans Shara, le petit objet que remet la jeune Yu
à son ami Shun est un porte-bonheur en forme de tête
de singe (Migawari saru) qu’elle a confectionné elle-même.
Toutes les maisons du vieux quartier de Nara arborent ces têtes
de singe qui sont accrochées sur l’avant-toit. Elles
protègent les demeures des mauvais esprits. Cette coutume qui
vient du taoïsme est arrivée au Japon à la fin
de l’époque de Nara (710-784). Certains ont émis
l’hypothèse qu’elle se serait substituée
aux coutumes locales qui avaient cours alors à Nara. On la
retrouve en tout cas très largement
répandue dans la population japonaise à l’époque
d’Edo (1600-1868). Tous les soixante jours, c’est la nuit
du singe. Cette nuit-là, Sanshi, le minuscule petit ver que
chaque homme porte dans son ventre, monte au ciel pour aller rapporter
à l’empereur céleste les mauvaises actions perpétrées
par son hôte au cours des cinquante-neuf derniers jours. Après
avoir écouté le petit ver, l’empereur envoie sur
terre un esprit chargé de punir l’homme pour ses méfaits.
Pour éviter d’être harcelé par cet esprit,
les hommes passent donc la soixantième nuit à prier
pour l’âme de leurs ancêtres et à faire acte
de repentance pour empêcher le ver de sortir de leur ventre.
Aujourd’hui, les hommes ne
passent plus la nuit à prier. A la place, ils accrochent les
têtes de singe, le seul animal capable de faire fuir l’esprit
envoyé par l’empereur céleste.
L’encre
de Chine de Nara (Nara no sumi)
Taku Aso, le père
de Shun, est artisan. Il est fabriquant d’encre de Chine selon
des méthodes traditionnelles. 95% de la production d’encre
de Chine traditionnelle au Japon proviennent des ateliers de la région
de Nara. L’encre de Chine a été introduite au
Japon depuis la Chine et la Corée. Le développement
de l’écriture simultané à l’essor
du bouddhisme au Japon avait créé des besoins de plus
en plus importants en bâtons d’encre de Chine. La production
était concentrée à Nara, capitale du Japon au
VIIIe siècle. L’encre était fabriquée à
partir de charbon de pin. Mais elle était de qualité
médiocre. C’est à la fin de l’époque
de Nara que le charbon de pin fut remplacé par du charbon de
résine et d’huiles végétales. Cependant
la substance chimique qui confère à l’encre ses
propriétés d’adhérence est une protéine
animale à base de gélatine qui contient du collagène.
Laissée à l’air ambiant, cette substance peut
favoriser la prolifération des bactéries. La fabrication
traditionnelle de l’encre de Chine ne peut donc se faire qu’à
basse température et dans un air sec pour éviter cette
prolifération. C’est pour cette raison que la production
est arrêtée pendant les mois chauds et humides de l’été.
Si Taku, le père de Shun, montre
autant de ferveur pour la fête de Basara, c’est parce
que celle-ci représente pour lui un exutoire à la mélancolie
des longs mois d’inactivité que lui impose la saison
chaude.
Kohei
Fukunaga (Shun Aso)
Né
le 12 décembre 1981 dans l’île d’Amami Oshima
(département de Kagoshima).
Désirant consacrer sa vie à la musique, il décide
d’interrompre sa scolarité (au lycée) pour se
rendre dans les îles Okinawa. Il commence par être conteur
tout en jouant de la guitare. Peu après, il remonte tout le
sud du pays à vélo jusqu’à Tokyo où
il débute une vraie carrière de musicien en organisant
des concerts de guitare solo. Pour ce faire, il crée sa propre
entreprise qu’il baptise Furumun. Parallèlement à
cette activité, il se produit comme artiste de rue autour des
gares de Shinjuku et Ikebukuro, deux quartiers populaires et animés
de la capitale. Entre juillet et novembre 2001, il participe régulièrement
à une émission de télévision de la NHK
qui donne la parole aux adolescents. Après avoir passé
l’été 2002 avec Naomi Kawase
qui lui a donné le premier rôle dans Shara, Kohei
Fukunaga est retourné à la musique. Il revisite
actuellement le répertoire des chants d’Okinawa.
Commentaire
de Kohei Fukunaga à propos de Shara :
C’est au cours de l’émission de
la NHK à laquelle j’ai participé entre juillet
et novembre 2001, que j’ai rencontré Naomi
Kawase qui y avait été invitée. Lorsque
celle-ci m’a proposé un rôle dans son prochain
film, je suis resté d’abord interdit. Je voulais savoir
pourquoi elle voulait m’engager. Elle m’a répondu
qu’elle avait trouvé une certaine sincérité
en moi, que mes mots lui avaient paru refléter fidèlement
ma propre expérience de la vie. C’était en novembre
2001. Nous nous sommes revus un peu plus tard ; elle m’a parlé
d’elle et de ses projets cinématographiques. C’est
en juin 2002 que Naomi Kawase m’a
envoyé le scénario de Shara. En le lisant, j’ai
été frappé par la similitude existant entre le
personnage de Shun et moi-même. Je n’ai pas fait la douloureuse
expérience de la perte d’un frère comme Shun,
mais il y avait des points communs entre lui et moi ; les soucis qui
occupent l’esprit de tout lycéen, par exemple.
Je ne connaissais rien de Nara. Pour le film, j’ai même
dû apprendre le dialecte local. Naomi Kawase
m’a demandé de venir à Nara trois semaines avant
le tournage car elle voulait que je m’imprègne complètement
“ de l’odeur de cette ville ”. J’ai donc passé
presque tout l’été 2002 à Nara.
Yuka Hyodo (Yu Ito, l’amie d’enfance
de Shun)
Née
le 21 octobre 1984 à Nara (département de Hyogo).
Ses parents l’initient au piano dès l’âge
de deux ans et à la danse classique à partir de quatre
ans. Yuka Hyodo rêve de devenir danseuse
professionnelle. Elle a été retenue parmi 1000 candidates
pour jouer le rôle de Yu dans Shara. C’est sa première
apparition au cinéma.
Commentaire
de Yuka Hyodo à propos de Shara :
Ce jour-là, je circulais à vélo
dans le quartier commerçant. Alors qu’à une intersection,
j’attendais que le feu passe, une femme est venue vers moi.
Elle m’a demandé si je voulais bien répondre à
une enquête qui portait sur la vie des lycéennes à
l’école et en famille. A ce moment-là, je ne savais
pas que mon interlocutrice était Naomi Kawase.
C’est seulement après la dernière question qu’elle
m’a expliqué qui elle était. C’est alors
qu’elle m’a proposé de passer une audition.
Le jour de l’audition, je n’en menais pas large. Les autres
candidates avaient l’air beaucoup plus à l’aise
que moi. Je ne pensais pas être sélectionnée.
La réalisatrice m’a alors expliqué qu’elle
avait aimé “ la fermeté de mon regard ”.
Moi qui ne m’étais jamais préoccupé de
mon regard…
J’ai lu le scénario et j’ai constaté que
Yu parlait très peu dans le film, que c’était
donc un rôle très discret, alors que moi, je suis plutôt
bavarde dans la vie. J’ai finalement accepté car la séquence
de la danse à la fête de Basara me convenait parfaitement.
La fête de Basara est une occasion pour Yu de s’exprimer
totalement, comme moi dans un ballet.
C’est d’ailleurs la fête de Basara qui reste pour
moi l’événement le plus marquant du tournage.
Nous avons tourné la veille de la fête de Basara avec
les danseurs qui allaient se produire le lendemain. Cette expérience
m’a donné envie de participer à la fête
et j’ai donc demandé aux danseurs s’ils voulaient
bien m’accepter dans leur groupe. L’équipe technique
a d’abord refusé, craignant que je ne puisse plus jouer
les jours suivants à cause de la fatigue. J’ai quand
même dansé et suis devenue un membre du groupe à
part entière.
Pendant toute la période du tournage, je me suis toujours sentie
moi-même. Mon jeu était tellement naturel qu’en
revenant à la vie normale une fois le film terminé,
j’en avais presque oublié que j’avais été
actrice pendant douze jours.
Katsuhisa Namase (Taku Aso, le père
de Shun)
Né
le 13 octobre 1960 dans le département de Hyogo.
De 1988 et 2001, il a été directeur de la troupe de
théâtre Sotoba Komachi. Au cours de la même période,
il est devenu célèbre sur les chaînes de télévision
privées de la région d’Osaka en participant à
des émissions de variétés nocturnes. Par la suite,
sa notoriété s’est étendue à l’ensemble
du Japon : cinéma, téléfilms, spots publicitaires.
Au cinéma, il a joué en 1996, dans les films de : Jun
Ichikawa (L’appartement Tokiwa). Takayoshi
Watanabe (Le fantôme du bar : suite) ; il a aussi prêté
sa voix dans beaucoup de films, notamment Gamera 3 (Shunsuke
Kaneko, 1999).
Kanako
Higuchi (Shouko Ito, la mère de Yu)
Née
le 13 décembre 1958 dans le département de Niigata.
C’est au cours de ses études universitaires qu’elle
est remarquée par un producteur dans le restaurant de Ginza
où elle travaille pour se faire de l’argent de poche.
En 1978, elle débute dans un téléfilm produit
par la télévision privée TBS. C’est Kosaku
Yamashita, célèbre réalisateur de films
de sabre et de yakuzas qui lui donne son premier rôle au cinéma
dans La nuit de l’Etat de siège (1980) qui lui vaut le
prix de la meilleure jeune actrice. Sa carrière est lancée
et elle est sollicitée par des réalisateurs de renom
comme Tatsumi Kumashiro et Hideo
Gosha.
Fiche
artistique
Shun Kohei FUKUNAGA
Yu Yuka HYODO
Reiko Naomi KAWASE
Taku Katsuhisa NAMASE
Shouko Kanako HIGUCHI
Fiche technique
Réalisation et Scénario Naomi Kawase
Photographie Yutaka Yamazaki
Lumière Yuzuru Sato
Son Eiji Mori
Costumes Miwako Kobayashi
Maquillage Shihomi Kobayashi
Montage Shotaro Anraku, Tomoo Sanjo
Musique UA
Producteur Yoshiya Nagasawa
Une Production Nikkatsu, Yomiuri Television, Visual Arts, Real Products
Ventes Internationales FPI- Eric Lagesse
Japon
- 2003 - Couleur - 35mm - 1:85 - DTS Stéreo - 99 mn