TAN DE REPENTE est né en 1998, inspiré de mon court métrage “La Prueba”, adapté très librement de la nouvelle du même nom de César Aira (écrivain contemporain argentin).

“La Prueba” a été sélectionné dans plus de 40 festivals internationaux. Ce court métrage permit d’apporter les premiers financements de TAN DE REPENTE.

Dans le courant de l’année 1999, une sorte d’obsession m’envahit ; maintenant je veux tourner un long. Mais comment ? Mon expérience dans le court et le théâtre off m’a appris que pour produire un film dans un pays comme l’Argentine, il n’y a qu’un seul moyen : volonté et audace.
Pendant un an, la nuit, dans différents bars de Buenos Aires, le scénario prit forme.
En 2001, ma grand-mère est décédée subitement. Cet évènement m’a poussé à repenser tout le film et à réécrire la troisième et dernière version du scénario, en y incluant un personnage majeur : celui de Blanca.
Le scénario final fut prêt en 2001.
Ce fut alors le moment de démarcher les producteurs argentins, et même étrangers. C’est là que j’ai eu la certitude que personne ne m’aiderait à le financer.
Le projet était trop risqué, une première œuvre d’un réalisateur inconnu, avec un scénario étrange, sans acteur connu et en plus, en noir et blanc.
C’est alors que j’ai décidé de me lancer seul, et suis devenu producteur sans le vouloir.

Une pré-vente à la télévision, l’apport financier réuni grâce au court métrage et surtout l’appui inconditionnel et fondamental de l’équipe du film, permirent enfin le début du tournage en septembre 2001.
Pour l’équipe du film, j’ai dû faire appel à mon entourage proche, y compris pour les actrices, choisies au sein de la troupe de comédiens de théâtre dont je faisais partie.

Avant cela, nous avons répété pendant un mois sans interruption.
Nous avons tourné tous les week-ends, seul moment de libre pour toute l’équipe.
Pendant la semaine, je m’occupais de la pré-production, des répétitions avec les acteurs et enfin, du choix des axes de caméra.
En dépit d’un manque de moyens, le sentiment général a été de ne jamais laisser les choses au hasard.
A la mi-octobre, nous avions tourné la moitié du film. Le tournage s’est arrêté en novembre 2001.

Nous attendions maintenant de voir si de l’argent rentrait. Mais non, rien en vue.
Il a fallu choisir. Le pays sombrait. Je sentais qu’il fallait finir au plus vite.
C’est alors que le pays a explosé, quelque chose de prévisible… Nous avons eu des journées avec état de siège, saccages et autres imprévus…
Répétitions suspendues pour aller manifester, le film est devenu une cause.
Ce n’était plus une obsession personnelle, mais celle d’un groupe : il fallait finir le tournage dans ces moments d’incertitudes.
Une petite somme d’argent réunie par Nylon Cine (argent personnel) nous a permis d’assurer le minimum.
Le tournage prit fin le 10 janvier 2002 à 6 heures du matin, sur la route 8 de la province de Buenos Aires.

Le jour suivant, je travaillais déjà au montage, jusqu’à fin février.
Le premier pré-montage fini fut envoyé à Lita Stantic (productrice et personnage fondamental pour le nouveau cinéma argentin).
Elle n’hésita pas à rejoindre l’aventure immédiatement.
Grâce à elle, j’ai pu continuer de monter mon film sereinement… Il allait enfin voir le jour.
Grâce à Lita, à l’INCAA et au Festival de Rotterdam, j’ai pu finaliser le film.
La première copie de TAN DE REPENTE est sortie du laboratoire le 14 avril, a été projetée pour la première fois le 15, et a reçu le 16 le Prix Spécial du Jury et le Prix du Public au Festival de Buenos Aires.
Après cinq mois sans week-end et deux semaines où je n’ai pas beaucoup dormi, c’était incroyable, NOUS L’AVIONS FAIT.


Diego Lerman